Sabina Lang et Daniel Baumann
Sabina Lang (Berne/CH, *1972) et Daniel Baumann (San Francisco/USA, *1967) travaillent ensemble depuis 1990 sous le nom de Lang/Baumann ou L/B. Sabina Lang a étudié à l’École d’arts appliqués de Berne (1988), avant de faire un apprentissage en décoration d’intérieur (1989-1990). Daniel Baumann a suivi un apprentissage de dessinateur en architecture (1984-1988). Ils se sont rencontrés dans le cadre de la scène alternative bernoise. Ils vivent et travaillent à Burgdorf, dans le canton de Berne.
Redéfinir et questionner l’espace
Sabina Lang et Daniel Baumann appliquent à l’art des stratégies empruntées à différents domaines, s’inspirant souvent d’esthétiques du passé. Auteurs de plusieurs œuvres et interventions sur le territoire cantonal, notamment à Vercorin et à Martigny, ils réinventent notre rapport à une architecture donnée en nous permettant de l’appréhender selon des perspectives inédites. Pour ce faire, le couple d’artistes bernois utilise des moyens formels très simples mais d’une efficacité redoutable.
Leurs interventions redéfinissent les volumes, diversifient les points de vue et jouent avec notre perception et notre expérience physique en intégrant un registre contemporain à des lieux ou édifices historiques. Suscitant avec leurs œuvres de l’émerveillement comme de la résistance, de la surprise comme de la curiosité, Lang/Baumann ne visent pas à détourner des objets de leur fonction (par exemple, l’escalier ou le couloir), d’autant plus que leurs œuvres sont souvent praticables, mais à les considérer comme des formes à part entière et à les déplacer dans des contextes qui permettront de les comprendre différemment, de souligner leur ambivalence, d’insister sur leur caractère géométrique et esthétique, d’ouvrir un nouvel imaginaire, de nous interpeller.
Lang/Baumann cherchent à provoquer une rencontre. Comme ils l’expliquent, ils utilisent le thème de la fonctionnalité comme une stratégie pour entrer dans un autre dialogue avec le public : utiliser des éléments qui semblent fondamentalement familiers et connus des publics, et qui ont un rapport avec le corps humain nous semble intéressant, notamment pour pouvoir les impliquer plus rapidement.
Lang/Baumann s’intéressent à l’histoire des formes et à leur application à l’espace réel, soulevant d’une part la question des manifestations esthétiques dans notre quotidien, et d’autre part celle de la présence élargie des œuvres d’art à l’espace social. Ils s’approprient les codes de cultures visuelles de différents domaines et époques, pour concevoir des installations pérennes ou temporaires en majorité pensées spécifiquement pour un lieu de vie ou pour l’espace public, et dont la présence souvent incongrue se pose comme une énigme : à quoi a-t-on affaire ? Est-ce bien de l’art ? Du design ? De l’architecture ? Des sculptures ? Tout à la fois ? Qu’est-ce que cela produit en moi ? Est-ce que c’est beau ?
Investissant des lieux généralement autres que les white cubes, ces espaces neutres destinés à la contemplation de l’art, et créant des installations dont les spectatrices et les spectateurs sont partie prenante, Lang/ Baumann interviennent au moyen de ce qu’ils nomment des « stratégies » (le travail avec des peintures à grande échelle sur le sol ou le mur, le travail avec des sculptures isolées ou efflanquées, le travail avec des lieux fonctionnels, etc.) et développent des œuvres par séries, séries qui évoluent sans cesse en fonction de nouveaux contextes de création.